LA CHARTE DE FOURNIL

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RAPPORT D’EVALUATION DE L’ACTION

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Des publics et des nouveaux besoins, quelles perspectives d’évolution pour notre accueil de jour le Fournil ?

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Mars 2014 à Décembre 2014.

Auto-évaluation réalisée avec l’appui méthodologique de l’Espace Régional de Santé Publique et le soutien du Conseil Régional Rhône-Alpes et de l’Agence Régionale de Santé.

Rapport rédigé par :

– Mr.Schotte Joris, directeur du Fournil (rédaction document final, comptes rendu des réunions, collecte d’informations et conduites d’entretiens) avec l’aimable participation de Mlle Gaëlle Tréhiou (compte rendu réunion, collecte d’informations) et Mr Antoine Malartre (collecte d’information, retransmission d’entretiens) tout deux stagiaires au Fournil et en formation d’éducateur (trice) spécialisé(e) à IFTS Echirolles.

Echirolles.

sous la direction du comité d’évaluation :

– Mme Brigitte Ménage (présidente de l’association le Fournil) – Mme Margaux Tounkara (assistante sociale EMLPP)
– Mme Nathalie Rippert (psychologue EMLPP)
– Mme Sylvie Bret (psychologue CAI/La Boussole)

– Mr Nemat Rafian (administrateur Association le Fournil et maraudeur MDM)

et accompagné pour la méthodologie par le groupe ressource en évaluation de l’ERSP – Mme Lucie Pelosse (diplômée en sociologie et santé publique IREPS)

– Mme Patricia Médina (sociologue ORS)

Nos chaleureux remerciements à toutes les personnes ayant participé de prêt ou de loin à ce travail d’évaluation, pour vos enthousiasmes, vos disponibilités, vos soutiens et vos réflexions, qui nous ont permis d’ouvrir de nouveaux regards croisées et partagés sur nos publics et d’entrevoir ,qu’après 20 ans d’existence (2015), la structure d’accueil de jour le Fournil , reste un lieu vivant et soutenu, pour son travail d’accueil et d’accompagnements réalisés auprès des publics les plus pauvres, les plus en ruptures, les plus exclus.

SOMMAIRE

1. DESCRIPTION DE L’ACTION

1.1 Diagnostic de situation, contexte de départ de l’action 1.2 Le cadre logique de l’action

2. CONTEXTE ET QUESTION(S) D’EVALUATION

2.1 Le contexte de l’évaluation
2.2 La (les) question(s) d’évaluation

3. METHODES D’EVALUATION

3. METHODES D’EVALUATION

3.1 Présentation de la démarche

3.2 Les critères, les indicateurs et les sources de données

3.3 La méthodologie (questionnaire, entretien…)

4. RESULTATS ET ANALYSE

4.1 Les différents publics du Fournil et leurs besoins 4.2 Les moyens : l’équipement et le temps
4.3 La délimitation des missions du Fournil

5. CONCLUSIONS ET PROPOSITIONS

5.1 Conclusions 5.2 Propositions

ANNEXES

– Note de commentaire de l’ERSP – Grille d’entretien

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1. DESCRIPTION DE L’ACTION

1.1 Diagnostic de situation, contexte de départ de l’action

L’association le FOURNIL a été créée en 1995 par des personnes SDF, dont certaines étaient en grande précarité sociale et des militants sociaux revendiquant « un accès au logement digne pour tous » et réfutant d’accepter l’exclusion comme une fatalité irrévocable et sans retour.

Composée à sa création uniquement de personnes bénévoles, son fonctionnement « autogestionnaire » était basé sur l’implication de chaque participant au service du collectif, afin de « rendre acteur » les publics de la rue et les personnes les plus défavorisées.
Aussi historiquement et conformément à l’objet social de l’association (création et gestion d’une structure d’accueil de jour pour personnes SDF ou précaires), le FOURNIL a apporté à mesure de ses années d’actions et d’engagements, des réponses sociales à deux profils de public :

– Des personnes de la rue, dont certaines fortement désocialisées, avec des problèmes de santé physique et psychique et des comportements à risque (addiction, toxicomanie…). – Des personnes en manque de lien social, en situation de précarité économique,

souffrant de solitude, issues des quartiers proches des locaux du FOURNIL ou prises en charge par des dispositifs d’hébergement, avec aussi pour certaines des problèmes de santé et des comportements à risques.

Progressivement et au fur et à mesure de son développement et de ses multiples changements de locaux (1995-2005), l’association s’est structurée et professionnalisée.

De nos jours le Fournil, situé au 2, rue George Sand, 38100 Grenoble, occupe depuis 2005 un ancien garage automobile transformé en un espace d’accueil de jour collectif et équipé

d’une cuisine. Ce lieu si singulier, reconnu et animé, est à la fois une table d’hôte et un lieu

d’une cuisine. Ce lieu si singulier, reconnu et animé, est à la fois une table d’hôte et un lieu d’accueil de jour à bas seuil d’exigences. C’est aussi un espace collectif offrant des temps d’accompagnements (accès aux droits, soins, logement) et des temps d’animation, insufflant du vivre ensemble et de la création de liens.

Dans ses locaux au 2 rue George Sand, se croisent ainsi chaque jour de semaine en moyenne 80 personnes en précarité, aux parcours et réalités très différentes, qui viennent y prendre un repas, rencontrer des gens avec qui parler et partager leurs histoires, tout simplement…
Le public du Fournil a fortement évolué depuis sa création, celui-ci c’est diversifié, a augmenté en nombre et confronte de nos jours ses professionnels à des difficultés d’accueil et d’accompagnement dépassant la seule question du mal-logement.

Publics :
Hommes (75%), Femmes (25%), Familles avec ou sans enfants.
Personnes SDF ; Personnes en mal-logement ; Personnes précaires, en rupture ; Personnes sans papiers, déboutés ; Primo-arrivants (Rom) ; Sortants de prison ; Personnes marginalisées ; Personnes fragilisées par le contexte sociale et économique, proches voisins du Fournil (faibles revenus : AAH, RSA, Retraite, Allocation chômage) ; jeunes en errance

Ce développement associatif s’est fait dans le temps, d’une manière progressive et volontaire, tout en se trouvant de nos jours confronté aux limites de son intervention au regard d’un nombre croissants de sollicitations, la complexité d’un accueil et d’accompagnement très diversifié, l’inadaptation de son équipement (normes de sécurité, d’hygiène et de confort d’accueil) et finalement la fragilité de sa structure associative et financière.

1.2 Le cadre logique de l’action.

IMPACT

Objectif général

« Favoriser la réduction des situations de précarité à travers un accueil de jour à bas seuil d’exigences pour un public de l’agglomération grenobloise».

Autres effets possibles

Saturation de l’accueil de jour à défaut de pouvoir trouver des solutions sociales, de logement et d’insertion durable aux publics les plus précaires.

Objectifs spécifiques

A. Accéder à un espace de mise à l’abri et à un repas complet.B. Renforcer /Remobiliser les ressources individuelles.

– se sentir impliqué dans le projet du Fournil ; réinvestir des codes sociaux (partage d’un temps de repas, l’acceptation de l’autre, des règles de vie collective).
– se sentir accueilli et reconnu.

– pouvoir exprimer une demande d’aide de manière inconditionnelle. – se sentir sujet (se projeter, éprouver du désir/plaisir, se sentir utile). – se sentir moins isolé.

C. Favoriser l’accès aux soins et aux droits communs.
– Etre informé sur ses droits
– Etre accompagné vers les démarches d’ouverture de droits et de soins.

– Etre accompagné vers les démarches d’ouverture de droits et de soins.

Les activités

Cuisine

– Organisation d’une table d’hôte solidaire du lundi au vendredi (12h à 14h et 18h-20h, les mardis et jeudis en période hivernale de Novembre à Mars).
– Collectes journalières des denrées alimentaires (Banque alimentaire et deux grandes surfaces).

– Tri des denrées.
– Préparation du repas du jour (intervention hebdomadaire d’un médecin nutritionniste bénévole).
– Service.
– Rangement/Nettoyage.
– Préparation de colis de dépannage alimentaire et distribution (les lundis et mercredis lorsque la collecte du jour le permet).
– Collecte et livraison des denrées alimentaires pour un autre accueil de jour « Point d’Eau » (x1/semaines).
– Réponse ponctuelles à des demandes de préparation de repas pour les réseaux partenariaux, pour des événements festifs).
-Participation au dispositif du « renfort hivernal » en proposant deux temps de « soupe ».
Accueil de jour
– Organisation et gestion d’un accueil de jour du lundi au vendredi (de 14h à 17h), sauf le mercredi 12 à 14h et les mardis et jeudis en période hivernale (14h à 20h).
– Organisation d’activités en interne : animation quotidienne du lundi au vendredi (jeux de cartes, tennis de table, pétanque), animation ponctuelle (entrainement foot, atelier de théâtre, séance de cinéma /documentaire), interventions de personnes tiers (musique, théâtre, prévention santé).
– Organisation d’activités en externe (sorties collectives de loisirs, sportives, culturelles en moyenne x1/mois).
– Présence active de professionnels et de personnes bénévoles (accueil individuel, échanges informels, dans le « sas », l’arrière cour).
– Echanges/dialogue au cours des temps d’ouverture de l’accueil de jour.
– Accompagnements individuels sur les temps d’accueil de jour.
– Organisation de temps de permanences de professionnels : AIDES (x2 /mois ; Femmes SDF x1/semaine ; Codase x1 /mois).
-Accompagnements « physiques » vers les structures ressources (du lundi au vendredi). – Participation aux temps de « maraude » les lundis et vendredis matins en collaboration avec les équipes de MDM et l’EMLPP, dans le centre ville, la périphérie de Grenoble, le département de l’Isère (en cas de situation d’urgence).
– Accompagnement « matinal » (9h-11h) « des convives actives » aux temps de la mise de table et l’entretien des locaux.
– Entre 15h et 25h/mois, suivis administratifs, financiers et d’économat, échanges téléphoniques et informatique avec les partenaires, développement de projets, participation aux réunions (mal-logement, aide alimentaire, accès aux soins, exclusion et précarité).
– Conduite d’une réunion d’équipe (x1 /semaine) et participation à un temps d’analyse de la pratique (x1 /mois).
– Accueil visiteurs (stagiaires, financeurs, commerciaux).

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RESSOURCES

– Salarié(e)s :
x4 ETP (x1 Directeur ; x2 Accueillants sociaux/animateurs ; x1 Chef de cuisine).
x5 contrats CUI (x2 Accueillants sociaux/animateurs, x2 Aide-cuisiniers, x1 Agent polyvalent).

-Personnes Bénévoles :

​2. CONTEXTE ET QUESTION(S) D’EVALUATION

2.1 Le contexte de l’évaluation

Quel besoin d’évaluer ? A la demande de qui ?

Ce projet de travail d’évaluation découle d’une rencontre avec l’ARS Grenoble en toute fin d’année 2013, nous transmettant à cette occasion des informations sur le travail d’évaluation proposé par l’ERSP (Espace Régional de Santé Publique). basé à Lyon et ces possibilités de financement.

L’association le Fournil a dans ce sens transmis un dossier de demande d’évaluation àl’ERSP. Une demande qui a reçu un accueil favorable et intéressé en début de l’année 2014. Une première rencontre à Lyon (janvier 2014) a permis de dessiner les contours de ce travail et de proposer un planning d’intervention.

Le choix du Fournil est libre, indépendant, négocié et ne répond en aucun cas à la demande d’un de ses financeurs, nous avons estimé par contre utile de nous engager dans ce travail d’évaluation au regard d’une réalité associative mise en tension de part :

– un équipement qui se dégrade, n’est plus adapté pour répondre à des normes de sécurité/d’hygiène et l’accroissement de ses publics, entrainant un prochain projet de relocalisation/déménagement.
– une situation comptable fragile (pas de fonds propres et manque de trésorerie à chaque début d’année), nécessitant la recherche de nouvelles sources de financement.

– après trois années de redémarrage soutenues par un ensemble de financeurs et de décideurs politiques , se pose en cette fin d’année 2014 la question de la reconduction d’un ensemble de

-Personnes Bénévoles :

– x14 « Convives actives » (prêtant main forte à l’installation de la table d’hôte, le matin du lundi au vendredi, à l’entretien des bâtiments, à l’organisation de temps festifs et collectifs).
– x7 « Personnes bénévoles » (se chargeant de la conduite et gestion associative).
-x1 personne Médecin nutritionniste (passage x1/semaine et travail avec l’équipe de cuisine).-Stagiaires :

présences très régulières toute au long de l’année de personnes en formation (IFTS Echirolles, IUT2 Grenoble), pour des stages courts ou longs selon leur parcours d’apprentissage.
– Professionnels des structures partenaires :

(Codase, le Local des Femmes, AIDES, Coordination des accueils de jour , FAP))

Ressources matériels

– Bâtiment mis à disposition gracieusement par la ville de Grenoble (pilotage CCAS de Grenoble), équipé d’une cuisine, depuis 2005.
– Dons alimentaires (Banque alimentaire, Simply Market Teisseire, Géant Casino Fontaine, Ecoles hôtelières, un éleveur de volailles, des particuliers).

– (x2) Véhicules utilitaires.
– Matériel informatique et de communication.

Ressources financières :

– Subventions multiples et variées (DDCS, Préfecture, ARS, Ville de Grenoble, ACSE, Metro/CUCS, Région Rhône-Alpes, FAP, CG, Fonjep, ASP)
– Adhésions
– Donations

-Participation des « Convives » (repas et sorties)

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conventions liant l’Association le Fournil à ses principaux financeurs pour les prochaines

années à venir et un besoin d’évaluation concernant la mise en œuvre du nouveau projet associatif mise en pratique depuis le 01/01/2012.
– les difficultés et fragilités de certains de nos convives en lien avec des pratiques addictives répétées et autodestructeurs, nous amènent à solliciter des temps de conseil, d’aide, de faire des accompagnements « physiques » vers des structures spécialisées et à rechercher des solutions d’orientation. Ce travail d’accompagnement : » d’être et de faire avec » nos convives les plus désocialisés, les plus en rupture, les plus « pathologiques » nous confronte régulièrement à nos limites d’intervention et le besoin de trouver des solutions de prise de relais et de prise en charge adaptée. A ce jour ce travail de concertation et de partage partenarial est certes opérant, néanmoins la prise en compte et l’accueil du public le plus en rupture, confrontés à des problématiques associées d’addiction et de santé mentale n’est pas satisfaisant.

– la volonté d’ouvrir et d’associer à notre travail d’évaluation certains partenaires et de ne pas se limiter à une analyse interne.
– de pouvoir constituer un « comité d’évaluation », avec des représentants associatifs variés et complémentaires (salariés, administrateurs, bénévoles) et des partenaires engagés sur les questions de santé, du mal-logement et du premier accueil.

2.2 La (les) question(s) d’évaluation

Nous avons formulé la question d’évaluation suivante :

Cette question d’évaluation va permettre de s’interroger sur les perspectives d’évolution de notre accueil de jour.

3. METHODES D’EVALUATION

3.1 Présentation de la démarche

A partir de la rencontre (Janvier 2014) ayant eu lieu dans les locaux de l’ERPS à Lyon et dés lors que le cadre d’intervention et de sa méthodologie d’évaluation ont pu être communiqués et validés par les dirigeants du Fournil, nous avons contacté certains partenaires et mobilisé des personnes ressources en interne de l’association pour constituer un groupe de pilotage.

Le choix fait en interne rassemble ainsi : un professionnel, une stagiaire, une administratrice dirigeante, un bénévole au tour d’un même table de travail.
Le choix des partenaires ciblait des professionnels volontaires en lien directe ou collaborant d’une manière régulière avec l’équipe et certains de nos convives. Dans ce choix de représentation partenarial nous avons fait le choix de ne pas inclure nos collègues des autres accueils de jour, étant engagés sur la mise en place d’une coordination des accueils de jour de l’Isère.

Le mois de Mars 2014 nous a ainsi conduits à ouvrir un premier temps de rencontre et d’informer au groupe de pilotage (x7 personnes), les principes de son organisation, de son évolution et des modalités d’évaluation opérants tout au long de ce travail partagé.

. Le comité de pilotage s’est réuni lors des dates suivantes :

  • –  Le 17Mars 2014
  • –  Le 27 Mars 2014
  • –  Le 14 Avril 2014
  • –  Le 15 Septembre 2014 –

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Les objectifs du projet de l’association sont-ils adaptés avec l’évolution du public et de ses besoins ?

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conventions liant l’Association le Fournil à ses principaux financeurs pour les prochaines

Le 20 Octobre 2014

Ces temps de travail commun nous ont permis de mettre à plat le fonctionnement du Fournil en traversant son histoire mouvementée et son développement associatif de 1995 à nos jours.

Ce travail a permis au groupe de faire un premier tri entre les objectifs généraux, les objectifs spécifiques, de mettre en évidence les ressources mises en œuvre et de dégager de ces premiers temps de travail une question d’évaluation.
Dans le cadre de la formulation de cette question d’évaluation, nous avons du revenir sur ce que l’on souhaitait évaluer : nos publics, nos limites d’intervention, le travail avec les partenaires, tout en remettant en lumière « la raison d’être du Fournil ». Nous avons également exprimé le problème d’un projet associatif orienté sur un public précis (personnes SDF en grande précarité), une réalité de public qui aujourd’hui a fortement évoluée venant à la fois interroger le sens et la pertinence de l’objet social de l’association le Fournil.

3.2 Les critères

Dés lors que le groupe de travail avait formulé sa question « d’évaluation «, il a été amené à réfléchir sur les moyens et pertinences d’approche de cette question d’évaluation.
Il a été décidé d’un commun accord de centrer cette approche sur le public et ses besoins, afin de mettre en lumière « la raison d’être du Fournil ».

Dans ce sens nous avons défini les principaux critères (les critères constituent les différents angles de vue qui répondent à notre question d’évaluation), les indicateurs, les sources de données et les méthodes et outils qui vont permettre de documenter notre travail d’évaluation, définir la répartition des tâches et le calendrier pour réaliser l’auto-évaluation.

Il s’agit de recueillir l’expertise de chacun sur : le public accueilli et sur sa diversité en menant une enquête auprès de l’équipe « élargie » du Fournil (équipe cuisine, équipe d’accueillants, administrateurs, convives actives, les personnes bénévoles) et des partenaires dites de « proximité » en lien direct avec nos publics ou en collaboration avec la structure d’accueil de jour (aide alimentaire, logistique/entretien).

1. Représentations sur le profil du public

-ses ressources financières
-son type de logement ;
-son statut (demandeur d’asile, sortant de prison, etc.).
– son statut familial ;
-son sexe
-son âge
-son niveau de maîtrise de la langue ;
-son état de santé ;
-son utilisation (ou non) d’autres lieux ressources ;
-la présence (ou l’absence) d’un accompagnement déjà mis en place ;

-son ancienneté au Fournil ;
-son type de fréquentation (besoin alimentaire, de lien). -sa régularité de fréquentation du lieu.

2. Représentations/Connaissances des besoins du public et de leurs attentes (pour ensuite pouvoir croiser public et besoins)

-Besoin alimentaire ;
-Besoin de lien, sortir de l’isolement
-Besoin social/administratif : être accompagné dans les démarches ;

-Besoin d’appartenir à un groupe, un collectif ; -Besoin de se sentir utile, reconnu ;

-Besoin d’être actif (tournoi de foot, de pétanque)
-Besoin de décharger sa colère tout en étant plus ou moins contenu ; -Besoin de substances psycho-actives.

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Le 20 Octobre 2014

3. Définition de son activité par rapport aux objectifs généraux et spécifiques

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(Qu’est ce que je fais pour le public du Fournil, au regard des besoins de ce dernier ? -Ce qu’il faudrait faire (en général) ;

-Ce que je fais ;
-Ce que je ne fais pas et pourquoi ;
-Ce que je fais et que je ne devrais pas faire ; -Ce que je pourrai faire ;
-Ce qui pourrait être fait par les autres et par qui

3.3 La méthodologie

Nous avons intégré l’ensemble de ces critères et sous-critères au sein d’une grille d’entretien que nous avons souhaité accessible au plus grand nombre (grille en annexe).

Ce même schéma, simplifié, de critères et sous-critères a été aussi appliqué au sein d’un questionnaire proposé à notre public (x30 personnes).
Nous avons volontairement limité nos temps d’entretiens à trois groupes de personnes :

– Les salariés du Fournil (x6 personnes)
– Les personnes bénévoles (convives actives et administrateurs, x4 personnes)- Les partenaires (x5).

Les entretiens ont été menés par les personnes actives au sein du groupe « comité de pilotage », il nous semblait aussi utile de préciser qu’il a été convenu que les partenaires engagé(e)s au sein de ce groupe pilote interrogeaient les salariés du Fournil et que réciproquement les personnels du Fournil iraient mener des enquêtes auprès des partenaires de proximité. Chaque entretien a fait

l’objet d’un compte rendu.

Aussi chaque enquêteur a réalisé une synthèse des propos retenus : perception du public croisé avec les attentes/les demandes ainsi que le travail et les limites de chacun.
Les entretiens ont été menés durant les mois de mai et juin pour que le travail de retranscription/de mise à plat puisse se faire durant la période de Juillet/Août. L’envoi des

premières synthèses à l’ERSP et l’équipe a eu lieu le 8 Septembre.
Ce travail de recueil d’information et l’analyse des premières données ont été pris en charge par le directeur du Fournil bénéficiant dans le cadre de ce travail de collecte de l’appui du comité d’évaluation, d’un stagiaire IFTS (grille d’analyse et lecture des données), avant d’entamer la rédaction du document d’évaluation finale.
Une dernière réunion a eu pour objectif de conclure l’évaluation en validant ses résultats, d’ouvrir un temps de débat avec nos principaux partenaires et d’envisager les modalités pour communiquer les résultats du rapport auprès de nos financeurs et décideurs politiques.

4. RESULTATS ET ANALYSE

Il émerge de notre analyse quatre profils majeurs représentatifs de nos publics autour desquels s’articulent l’ensemble des entretiens réalisés. L’analyse évitera de glisser vers une approche

trop « comportementaliste » et orientée sur les seules difficultés des personnes.

4.1 Les publics accueillis au Fournil et leurs besoins a- Les femmes avec ou sans enfants

• Des femmes moins nombreuses que les hommes mais avec des profils très variés

Les différents champs de l’enquête (salariés du Fournil, convives, et partenaires) confirment la présence régulière de femmes au sein de notre accueil de jour.

Cette présence de Femmes au Fournil est « historique » et certaines de nos « habituées » attestent d’un attachement fort à la structure d’accueil de jour et à son équipe depuis de nombreuses années. Ainsi une des bénévoles souligne :

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nombreuses années. Ainsi une des bénévoles souligne :

Oui, le Fournil contient un public « d’anciens » (cela fait 20 ans que l’association existe), ce public s’est approprié un lieu, une équipe, un service, nous sommes bien loin d’un lieu de passage …..Des personnes se fixent à la structure et vieillissent avec !

Ce public féminin y est certes minoritaire (entre 10 à 20 % des présences) et rassemble des figures très diversifiées :
Femmes célibataires avec ou sans enfants ; Femmes vivant en couples avec ou sans enfants ; Femmes isolées ; Femmes hébergées, Femmes SDF en errance ; Femmes en danger ; Femmes en demande d’asile ; Femmes toxicomanes ; Femmes confrontées à des conditions de vie précaires ; Femmes âgées ; Femmes jeunes.

• Des profils variés donc des problématiques variées
Cette grande diversité de profils, d’histoires, d’âges, de statuts et de difficultés se voit confirmer au sein de notre évaluation et observée de part l’ensemble des partenaires ayant participé à nos entretiens, soulevant au passage la difficulté pour l’équipe du Fournil à devoir gérer beaucoup de problèmes sur un même lieu et d’intégrer au sein de leur accueil collectif parfois de tous jeunes enfants.

Majoritairement l’ensemble de ces femmes sollicitent le Fournil pour un temps de repas partagés (90 %), une mise à l’abri provisoire (20%), une recherche de solutions d’hébergement (20%), une protection (15%). Nous parlons de protection et d’une mise à l’abri salutaire pour une partie de femmes accueillies : en danger dans le cadre de leur parcours d’errance, leurs isolements, leurs fragilités, au regard de certaines conditions d’hébergements (cohabitation subie, risque de prostitution, de violences). D’autres femmes sollicitent LE Fournil pour y rechercher dans un premier temps une activité, une reconnaissance, une utilité sociale (30%), pour rompre des solitudes (90%). Il nous arrive de répondre favorablement à certaines demandes d’insertion (contrats CUI, contrats de bénévolat) et de soutenir des démarches de recherches d’emploi (5%) ainsi que des demandes de soutien et d’accompagnement administratif (15%). Les données accompagnant les différentes figures féminines développées ci-haut proviennent de nos rapports d’activités et de

la synthèse du questionnaire proposé à nos convives dans le cadre de ce travail d’évaluation.

• Des femmes orientées en urgence ou au contraire bien inscrites dans les réseaux d’entraide

Une partie de ces femmes sont orientées vers le Fournil en urgence, sans prise de contact et de transmission d’informations au préalable par certains acteurs sociaux, les réseaux d’entraide, le bouche à oreille.
L’autre partie des femmes accueillies s’avèrent bien inscrites dans les réseaux d’entraide, en contact avec plusieurs partenaires et services sociaux collaborant avec le Fournil.

La présence régulière de certains partenaires (Femmes SDF, l’Amicale du Nid, CODASE), lors de nos temps d’ouverture : table d’hôte ou temps d’accueil de jour, soit sous forme d’une permanence conventionnée, soit par des passages plus informels facilitent par ailleurs grandement la mise en lien plus adapté à certaines situations et la résolution de certaines

situations critiques.
Notre public féminin inclus en son sein des personnes rencontrant des problèmes de santé et en demande récurrente de pouvoir accéder à des soins plus spécifiques (Addictologie, gynécologie, santé mentale).

• Une participation active et apaisante des femmes
Nos enquêtes auprès des femmes présentes sur nos temps d’accueil révèlent qu’une partie d’entre-elles sollicitent la structure et son équipe pour rompre des situations de solitudes, d’ennuis, d’oisiveté, d’autres se rapprochent du Fournil pour y proposer leurs aide et soutiens. Parmi ces dernières nous côtoyons des figures historiques, apportant de part leurs connaissance de nos publics et leurs parcours sociaux actifs, de l’apaisement, une certaine forme de « régulation maternante » au sein de l’accueil collectif et une bonne dose d’humour, démontrant que les femmes présentes au sein du Fournil y occupent une place importante certes pas toujours confortable… et confirment être de réels soutiens pour l’équipe. Cette idée de régulation est évoquée directement par une des femmes enquêtées :

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« Au Fournil, à midi, les gens mangent, c’est sûr mais les ils viennent surtout pour se rencontrer, discuter, parler. Moi, je viens voir des personnes. Quand je sais que je viens au Fournil, le matin, je vais bien, ça me sort de chez moi. C’est la seule structure en France que je connaisse qui soit aussi conviviale. Il y a une régulation qui se fait entre nous ».

• Une présence essentiellement au moment du repas de midi
Nous rencontrons ce public Femmes majoritairement sur nos temps de repas et le début des après-midis, les femmes de passage ou celles présentes d’une manière plus ponctuelle, ne restent que rarement au sein d’un collectif à majorité masculine, contrairement à certaines de nos habituées passant des journées complètes au sein de notre structure d’accueil de jour. Ces présences disparates ou celles plus prononcées et durables sont confirmées dans une grande partie des entretiens.

• Des difficultés d’intégration au sein de notre accueil collectif et la

compréhension de notre prise en charge pour certaines.

Pour la grande majorité de nos femmes, l’enquête ne mentionne pas de difficultés de compréhension de la langue, tout en stipulant que pour certaines la prise de contact et la compréhension de nos modalités d’accueil s’avèrent insurmontables et génèrent des blocages et des hésitations à défaut de

savoir parler le français.
La majeure partie des Femmes accueillies au Fournil possèdent un logement ou des solutions d’hébergement, parmi celles ci des solutions précaires et éphémères (squat, colocation, hébergement d’urgence). Le problème de logement et les conditions de précarité qui en découlent se posent malgré tout pour les plus jeunes, souvent en rupture avec la famille, en errance, isolées, sans beaucoup de repères en ville et éloignées géographiquement de leur lieux de vie habituels.

b- Les hommes

• Des hommes majoritaires aux profils très hétérogènes
Les hommes sont largement représentés au sein de notre structure (80%), parmi ceux-ci nous

trouvons une très grande diversité de profils, d’âges (18 ans -70 ans), de parcours et de statuts :
Hommes SDF avec ou sans chiens, Hommes célibataires, Hommes en couples, Hommes sortant de prison, Hommes jeunes en errance en rupture familiale, Hommes travailleur pauvre (intérimaire, travail précaire), Hommes pauvres (AAH, RSA, Assedic, voir sans ressources), Hommes en demande d’asile, Hommes déboutés, Hommes issus des quartiers environnants, Hommes violents, alcoolisées, toxicomanes, Hommes en difficultés psychiques.

Cette grande diversité de notre public masculin est parfaitement retransmis au sein de la collecte d’information de nos différents entretiens et révèle en soi l’évolution du public accueilli au Fournil, isolant de surcroit sa figure « historique » la personne SDF.

• L’accès à un repas comme besoin prioritaire
L’accès à un repas chaud reste une priorité absolu pour une grande majorité des hommes, d’autres y ont pris l’habitude d’un passage journalier, répété, pour y rechercher de la « compagnie », une présence, un lieu ou l’on peut prendre un café, y trouver un espace de soutien, d’étayage pour certaines démarches administratives ou d’accès aux soins. Ces différents besoins apparaissent clairement dans les propos d’un salarié :

« Pouvoir accéder à un repas apparait comme la première demande (porte d’entrée), au delà d’une certaine faim, il persiste une faim moins explicite de demande de

reconnaissance, d’utilité, d’identité, de confiance et de liens ».

• Le Fournil, dernier refuge pour certains profils instables refusés sur d’autres lieux

Parmi ce public d’hommes nous retrouvons aussi nos «têtes brulés », pas toujours en respect sur nos temps d’ouverture, des autres personnes, du cadre d’accueil et confrontés pour

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certains à des refus d’accès sur d’autres lieux de « premier accueil » en raison de leurs

certains à des refus d’accès sur d’autres lieux de « premier accueil » en raison de leurs instabilités, leurs violences et problèmes d’addiction.
Beaucoup de ses hommes sont des « habitués » ceux qui s’inscrivent dans un parcours

quotidien les conduisant au gré des temps d’ouvertures et des services proposés à tel ou tel endroit de premier accueil et ceux qui s’installent au Fournil comme s’ils étaient chez eux ! Pour certains de ces hommes notre principe d’accueil à bas seuil d’exigences, avec un « haut » seuil de tolérance et d’adaptation semble la réponse adaptée à leur difficultés de vie et manques d’envies……. !

• Des difficultés sociales très marquées entrainant une participation moins active des hommes au quotidien du Fournil

La grande majorité de ces hommes occupent de nos jours un logement ou sont hébergés. Pour une minorité d’entre eux la rue reste leur repère de vie et de déboires.
Notre enquête met tout aussi en évidence pour ces publics d’hommes des difficultés de santé souvent associées à des conduites addictives, des années d’errance et des conditions de vie précaire.

Globalement les hommes apparaissent comme moins impliqués dans la vie de la structure, même si nos entretiens indiquent la présence d’hommes « convives actifs » prêtant main forte à l’équipe pour l’entretien des locaux, les services de table et les petits travaux de réparation. Cette participation volontaire reste néanmoins nettement moins investie que celle proposé par certaines femmes pour autant largement minoritaires au sein de notre accueil de jour.

• Le Fournil, un lieu de remobilisation
Cette fonction sociale a été désignée par plusieurs partenaires et certains convives mettent en avant un espace d’accueil offrant du temps et une présence humaine permettant de reprendre confiance en soi , de réamorcer des démarches identitaires, administratives, de réintégration et de pouvoir y affirmer ses difficultés, ses échecs, ses ressources, ses progrès. Une fonction de redynamisation de la personne que souligne clairement un partenaire dans le cadre de son entretien :

« Le Fournil a un rôle de remobilisation, de récréer du lien et de dynamiser la rencontre, d’offrir une place à ces convives leur permettant d’y être reconnu et valorisé. Il y a en effet une identité d’appartenance et d’adhésion au lieu ».

Tout comme chez le groupe Femmes », la majorité de nos hommes vivent avec des petits revenus et connaissent pour une grande partie d’entre-deux des fins de mois difficiles et récurrents. Globalement les hommes s’expriment en français, même si parmi eux certains ne maitrisent pas la langue et se trouvent de fait particulièrement fragilisées dans leurs démarches d’intégration.

• Le Fournil, au cœur d’enjeux d’appartenance
Les hommes s’affranchissent d’une manière plus désinvolte d’une légitimité d’appartenance

au Fournil, certains évoquent une notion de territoire, « un chez-soi », d’autre y revendiquent « un droit d’entrée historique » ……

« Il y au Fournil encore quelques figures « historiques », même si certains critiquent l’organisation actuelle (« on leur a volé leur Fournil ») et sont nostalgiques d’une certaine période, il y a une réelle adhésion à ce lieu d’accueil et certaines familles s’y succèdent (parents, enfants, petits enfants). Pour d’autres le Fournil s’apparente à leur deuxième maison, un territoire qui leur appartient, ceux la résistent le plus aux nouveaux arrivants de peur d’y perdre leur place ».

c – Les familles

• Des familles de passages ou très attachées au Fournil
Nos entretiens mettent en évidence des présences ponctuelles de tous jeunes enfants (0 à 3

ans), d’enfants scolarisés et de jeunes adolescents.
La composante familiale la plus citée étant la famille monoparentale souvent à charge d’une

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La composante familiale la plus citée étant la famille monoparentale souvent à charge d’une

maman. Il est en effet plutôt rare d’accueillir au Fournil un père ayant la responsabilité parentale exclusive sur ses enfants, même si parmi nos plus anciens convives cette réalité familiale existe de nos jours. (Veuf, femme hospitalisée, ou déchue de ses droits parentaux). Certaines familles grandissent et « habitent » notre structure d’accueil de jour depuis de nombreuses années et l’équipe peut y être témoin de « passations générationnelles » !, confirmant un fort attachement relationnel aussi bien du coté des parents, que du coté des enfants, au Fournil.

Cette réalité sociale et relationnelle a été soulevée dans plusieurs entretiens et atteste que le Fournil représente pour ces familles « d’habitué(e)s » un espace de vie dépassant le seul besoin d’un repas.

• Des besoins de repas et mise à l’abri pour les unes, une recherche de sociabilité pour les autres

Les besoins des familles s’avèrent ainsi divers selon l’usage quelles font de la structure d’accueil de jour, notre enquête démontre pour autant que l’accès à l’aide alimentaire et la mise à l’abri restent les demandes les plus récurrentes, voir urgentes, suivis pour d’autres par des demandes de recherche : d’un espace de repos, de rencontre, d’un lieu ou l’on peut avoir un temps d’échanges, être écouter et orienter (première prise de contact avec d’autres acteurs sociaux).

Selon leur origine et leurs parcours de vie les familles n’ont pas toutes la même approche et connaissance de la langue française, il n’est pas rare au Fournil de devoir assumer un temps de « premier accueil » en anglais ou de faire appel à d’autres convives « traducteurs (trices) » pour ce faire comprendre.

Dans la grande majorité des cas, nos familles sont confrontées à des situations de pauvreté et certaines ne connaissent pas de solutions d’hébergement lors de leurs arrivées au Fournil.
Ces situations de précarité et d’absences de solutions d’hébergement se révèlent souvent anxiogènes et incomprises car bien souvent les parents pensent trouver au Fournil des solutions de logement, d’aide matériel et un accompagnement spécifique !

• La présence d’enfants au Fournil comme source de tension
La présence de tout jeunes enfants et une certaine forme d’agitation appartenant à leur jeune âge, peuvent paradoxalement aussi générer des mouvements d’humeur chez certaines personnes habituées de notre structure d’accueil de jour, vivant alors ces présences comme déplacées, envahissantes et inadaptées !

Tout comme chez le groupe de Femmes et Hommes, des problèmes de santé peuvent être constatés chez certaines familles (problèmes dermatologiques, fièvres, fatigues nerveuses, dépressions, violences, fort heureusement les problèmes d’addictions apparaissent moins présents et signalés.

• Une inscription dans un réseau d’entraide très variable d’un profil de famille à un autre

Certaines familles sont en lien avec d’autres partenaires sociaux et bien repérés au sein des dispositifs d’entre-aide, d’autres se retrouvent isolées, sans repères, parfois en « perdition », notamment en raison d’une méconnaissance de la langue française et des accompagnements douteux (des passeurs qui déposent des familles en ville, moyennant des finances ou l’octroi de services sexuelles, tout en fabulant sur les moyens de dépannages et de soutiens qu’ils

pourront y trouver).

d- Les nouveaux arrivants

• Des situations d’exils et de souffrance très importantes
Les contextes d’immigrations et d’exils actuels sont de plus en plus complexes, et conduisent les accueils de jour à la prise en compte et à l’accueil de publics très divers de part : leurs multiples provenances , des publics porteurs de cultures très différentes, des personnes vivant des parcours de vie , d’errances et d’exil avec ses expressions de

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souffrances, de frustrations, de colères, d’incompréhensions et d’espoirs. En mouvement

souffrances, de frustrations, de colères, d’incompréhensions et d’espoirs. En mouvement perpétuel, ces réalités d’hommes et de femmes confrontent de nos jours les lieux de « premier accueil » à gérer et à accompagner dans l’urgence de nouveaux besoins.

• Des situations exigeant une réponse humanitaire mettant en difficulté le Fournil

Notre accueil de jour se trouve mis en difficultés face à ces publics (familles, nouveaux arrivants, sans repères, avec des demandes d’aide critiques, d’urgences, à bout de souffle, impatients, désorientés, souvent orientés maladroitement par d’autres acteurs sociaux, leur laissant entendre que le Fournil est l’endroit qui convient le mieux à leur situation (mise à l’abri, repas chauds, accompagnements). Des difficultés, constats et observations que soulèvent plusieurs de nos partenaires dans le cadre de notre travail d’évaluation :

« Le réseau « premier accueil » est saturé cela génère des tensions communautaires ; des mises à l’écart de certains publics ; du bricolage d’urgence et des orientations « de non-solutions » qui viennent « enfermer » nos pratiques d’accueils de jour dans la gestion purement d’urgence et de personnes exclues de tout bord ! Ce public nous met dans une posture « d’humanitaire », nous conduisant à rechercher de solutions de premières nécessités (mise à l’abri, manger, protéger ) et non plus celle d’accueillant social , ayant le temps d’écoute et d’échange pour examiner et évaluer une situation hors de sa gestion d’urgence ».

• Des besoins spécifiques pour ces publics
Ces publics « nouveaux arrivants », sont particulièrement demandeur :

– d’une aide alimentaire souvent dans un appel d’urgence (personnes n’ayant pas mangées parfois plusieurs jours),
-d’une demande de solution d’hébergement (personnes se trouvant à la rue souvent avec des enfants et des bagages),

-des demandes de renseignements divers et de prise de repères (personnes perdus en ville et n’y connaissant personne).
-d’un premier accueil, une première écoute, un premier dépannage, une première orientation.

• Des conditions de logement précaires et une inscription dans un réseau d’aide sociale peu développée

Contrairement à la majorité des hommes et femmes, « habitué(e)s » du Fournil, la grande majorité des publics nouveaux arrivants sont SDF, ou hébergé(e)s provisoirement dans des conditions précaires (sous tente, en squat, en colocation, chez des amis).
Majoritairement ces personnes ne sont pas ou très peu en contact avec les services sociaux, hormis les réseaux de santé et du premier accueil.

Leurs revenus sont faibles, voir inexistants, mais ces réalités varies et sont très peu parlés (nous pouvons en tant qu’accueillants témoigner que certaines communautés s’en sortent mieux que d’autres , que certains groupes apparaissent structurés avec des leaders et des

formes d’organisations d’entre-aide développées et hiérarchisées !).
Parmi ces nouveaux arrivants, certaines personnes arrivent malades ou nécessitent des traitements au regard de problèmes de santé antérieurs à leur arrivée sur le territoire français.

• Une participation limitée aux activités du Fournil
La grande majorité des nouveaux arrivants ne se posent pas sur nos temps d’accueil de jour et

ne participent que rarement à nos temps d’animation.
Selon leur pays d’origine le français peut être parfaitement parlé ou ignoré, nous confirmant pour certains de grosses difficultés d’adaptation et d’intégration.
Ces publics connaissent aussi des difficultés à partager notre cadre d’accueil, son espace collectif et plus particulièrement ses temps de repas en raison de certaines habitudes culinaires, de leurs incompréhensions et attitudes de rejet par rapport à la présence de chiens au Fournil et un repli communautaire, n’étant pour certains parmi eux que très peu en échange, voir dans l’évitement des autres convives.

• Un partage de l’espace Fournil générant des conflits
Sans vouloir « stigmatiser » ces publics particuliers , plutôt de passage sur notre structure

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d’accueil de jour , avec un fort « turn-over » et composé dans sa plus grande majorité de

jeunes hommes seuls ou en lien avec telle ou telle communauté , ceux-ci sont parfois montrés du doigt par une partie de nos convives habituels , manifestant des peurs (perte de place et donc l’accès à un repas chaud) et des résistances (le Fournil nous appartient , ces

nouveaux arrivants n’ont pas fait l’histoire de l’accueil de jour).
Notre enquête soulève ces problèmes de « cohabitation » et de « vivre ensemble », rapportant dans ce sens des propos entendus et revendiquées dans certaines réponses au questionnaire et comptes rendus d’entretiens.

• Des tensions issues de la diversité des publics qui s’aggravent du fait du manque de moyen

« Vos difficultés : des tensions multiples se concentrant en un seul et unique espace, avec le risque d’un étouffement des ressources et une gestion des personnes exclusivement conduite dans l’urgence ».

4.2 Les moyens : l’équipement et le temps

Au-delà de la question des besoins du public qui est centrale dans ce travail d’évaluation, la question des moyens humains et matériels pour répondre à l’ensemble de ces besoins se posent de manière cruciale. Ces moyens se posent pour l’activité des repas mais aussi pour l’accompagnement plus individuel que nécessiterait certains parcours. L’équipement actuel ne répond plus aux normes d’hygiène et de sécurité (cuisine vétuste et dégradée, toilettes publiques en nombre insuffisant et peu équipé, bureaux et salle de restauration mal sonorisés, un équipement pas suffisamment sécurisées et trop souvent vandalisé. Des conditions d’accueil qui ne permettent pas d’entrevoir la consolidation de notre projet associatif et de répondre à de nouveaux besoins. Ces réalités d’accueil ne favorisent pas l’installation de nouveaux temps de permanences (par exemple une présence hebdomadaire d’une infirmière, d’une assistante sociale, d’un service d’accompagnement aux droits …).

a- L’équipement

Un grand nombre de personnes (partenaires, convives, bénévoles, administrateurs et salarié(e)s) ont saisi nos temps d’entretiens pour manifester des regards et observations se portant à la fois :

– sur l’état et la structure peu pratique de notre équipement actuel.
– sur les notions de temps d’accompagnements, de disponibilité et de développement d’activité ont aussi été questionnées d’une manière critique et réaliste en s’inspirant de nos propositions d’animation actuelles.

Ainsi, un de nos partenaires fait partager son constat :

« L’inadaptation des locaux, ne pouvant résorber par intermittence le nombre de personnes souhaitant accéder à un repas chaud, ne pouvant répondre à certaines attentes (toutes légitimes) de confidentialité, de protection, de mise à l’abri, d’hygiène

est une réalité criante et inacceptable , même pour des personnes comme moi qui y sollicite l’équipe ponctuellement ou dans la cadre d’une prise de repas ».

Un autre collègue partenaire collaborant d’une manière soutenue avec notre structure d’accueil de jour et connaissant parfaitement les publics qui nous y sollicitent au quotidien nous a fait part de certaines de ses attentes :

« Il manque au Fournil : du temps pour un service d’accompagnement adapté hors de l’accueil d’urgence, la possibilité de pouvoir y proposer des accompagnements physiques réguliers avec des moyens humains et non chronophage , d’y pouvoir exercer un « tutorat social » pour les plus en rupture (gage de confiance, d’assurance, de reconnaissance réciproque, d’étayage) ».

Pour certains professionnels la grande diversité de nos publics actuels, leurs besoins et leurs nombres soulèvent des questions de cadre, de nos limites d’intervention et de la qualité de

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notre accueil et d’accompagnement :

d’accueil de jour , avec un fort « turn-over » et composé dans sa plus grande majorité de

notre accueil et d’accompagnement :

« Maintenir une dimension d’accueil collectif au regard des diversités du public, des besoins, des demandes d’aide, des attentes, des habitudes d’usage, des revendications identitaires, d’appartenance, d’ancienneté ……La bonne gestion de l’accueil au quotidien m’apparait un vrai casse-tête dans le sens ou l’équipe doit y réaliser des prouesses afin que cet accueil collectif et inconditionnel ne déborde pas, n’exclue pas et puisse répondre favorablement au plus grand nombre, tout en réservant une écoute particulière et un accompagnement aux situations d’urgence et les personnes les plus en « rupture ».

b- Les ressources humaines

Les besoins multiples et complexes des différents publics mettent de plus en plus en difficulté l’équipe car l’accompagnement social est de plus en en plus exigeant.

« Le grand nombre de personnes accueillies au quotidien, générant de l’usure, de la fatigue et perte de vigilance par moments.
Parfois, vue de l’extérieur, l’équipe semble au bord de la rupture ».

Les demandes de plus en plus importantes de personnes dans des situations de plus en plus critiques interrogent sur la priorité de certains publics par rapport à d’autres. Les demandes sont très variées entrainant la poursuite d’objectifs très différents avec le risque de se perdre.

4.3 La délimitation des missions du Fournil

Plusieurs personnes sont venues interroger les missions du Fournil dans ce sens. Il nous a semblé opportun de reprendre au sein de ce travail d’évaluation certains passages du projet associatif réécrit fin de l’année 2011, dans le cadre d’un redémarrage d’activité et faisant suite à plusieurs périodes de fermetures administratives (2010-2011). Ce projet associatif fonde et organise de nos jours les différentes missions du Fournil, même si ces missions sont réajustées chaque année au regard de l’évolution de nos publics, des besoins, du contexte sociale et financier et des changements opérants au sein des politiques de lutte contre l’exclusion et la grande précarité.

Nous distinguons 4 activités complémentaires à l’objet social du FOURNIL :

– la « maraude », qui s’intègre dans le dispositif « d’aller vers » les publics de la rue, animée par la Veille Sociale Départementale de l’Isère (VSDI).
Cette action est indissociable de l’objet social de l’association en direction de ses « publics historiques ». Elle contribue à tenter de rendre visible les publics de la rue, à porter à leur connaissance des réponses potentielles à leurs souffrances, elle s’inscrit dans un principe de « non abandon » et elle participe à un véritable partenariat pluridisciplinaire.

– l’accueil de jour, du lundi au vendredi de 12h à 17h, caractérisé par l’écoute, le lien social, le « prendre soin », l’orientation vers des dispositifs sociaux et sanitaires, des activités sportives, culturelles, citoyennes et de loisirs, qui contribuent « au vivre ensemble », en partenariat avec des professionnels du social, du sanitaire, de la culture…..

– la table d’hôtes, le service repas du midi (en moyenne 70 repas servis à midi) , du lundi au vendredi, et 2 services repas le soir (en moyenne 25 repas servis le soir) durant la période hivernale (de novembre à mars).
Cette activité est à la fois une véritable réponse pour ceux qui n’ont pas la possibilité de consommer de vrais repas équilibrés, chauds et copieux, mais aussi un moyen pour mettre en pratique les activités de l’accueil de jour.

– la production de repas, environ 22 000 repas produits annuellement, avec un seuil de capacité de production maximum de 80 repas pour le service du midi.
L’essentiel des produits de base, pour la production culinaire, est fourni gratuitement par la Banque Alimentaire.

La production sur le site du FOURNIL permet de proposer des repas équilibrés, pour des publics dont les pratiques alimentaires, compte tenu de leurs ressources, sont très éloignées du concept d’hygiène alimentaire (une diététicienne conseille l’équipe de cuisine pour la

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conception des repas), et favorise l’esprit familial et convivial du « vivre ensemble ».

conception des repas), et favorise l’esprit familial et convivial du « vivre ensemble ».

Dans le cadre de notre enquête (voir grille d’entretien joint en annexe), une question ciblait ces missions diverses et a fait l’objet d’observations et de critiques pertinentes. Ainsi un partenaire questionné a librement exprimé son point de vue :

« Une confusion persiste en ce qui concerne vos missions : mise à l’abri, table d’hôte solidaire, accueil de jour et accompagnement. Il me semble difficile de mener plusieurs missions au sein d’un même lieu, il n’y a pas de séparation des pratiques, impression de répondre à tout (mal de vivre, faim, besoin d’animation, recherche de convivialité, de rompre des solitudes, etc. Avec le risque de perdre un part de crédibilité et de fragilisation des compétences ».

Un point de vue qui a pu aussi trouver écho parmi d’autres partenaires, portant encore un autre regard sur notre mission d’accueil et nos publics :

« Le Fournil ne peut se contenter de n’être parmi d’autres structures d’accueil de jour qu’un espace de « régulation sociale «, de mise à l’abri cachant des regards de la rue ses plus précaires, ses plus en rupture, ses plus perturbateurs. Ce public doit aussi pouvoir « s’épanouir » hors de ces murs et y avoir droit à un accueil adapté et bienveillant ».

5. CONCLUSIONS ET PROPOSITIONS

5.1 Conclusions

Toutes les sources questionnées dans le cadre de notre travail d’évaluation confirment l’évolution du public du Fournil, nous conduisant à distinguer de nos jours dans cette grande diversité : « des publics », « des besoins » et des figures se détachant du profil SDF en grande précarité, vers qui se portait le projet historique de l’Association le Fournil.

D’autres indicateurs d’évolution et de changements notoires concernent de nos jours les situations de l’Hébergement/ Logement et les conditions d’accès aux soins, à la santé.
De nos jours le Fournil accueille toujours des personnes SDF, mais ceux-ci ne représentent qu’une minorité. La problématique « logement » s’est aujourd’hui déplacée sur des problématiques de « maintien dans le logement » (endettements, conflits de voisinage, souffrances à « habiter » un lieu, etc…..) et « des conditions d’habitat » (insalubrité, espaces réduites peu ou pas équipés d’installation sanitaire, bruits, loyers excessifs).

La précarité pour la grande majorité des convives accueillis se confirme et semble même se développer. Nous entendons par précarité :

« L’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et aux familles d’assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. L’insécurité qui en résulte peut être plus ou moins étendue et avoir des conséquences plus ou moins graves et définitives. Elle conduit le plus souvent à la grande pauvreté quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle tend à se prolonger dans le temps et devient persistante, qu’elle compromet gravement les chances de reconquérir ses droits et de réassumer ses responsabilités par soi-même dans un avenir prévisible » (Définition empruntée à Joseph Wresinki (Fondateur des Petits frères des pauvres dans son rapport au Conseil économique et social français du 10 et 11 février 1987).

Nos entretiens mettent en évidence l’existence de faibles ressources pour la très grande majorité de nos convives, voire l’absence de ressources pour certains. Des publics désavantagés et plus particulièrement vulnérables au sein d’un contexte de crise structurelle, laissant entrevoir peu d’évolution de leur conditions de vie actuelle et expliquant en partie

une certaine dépendance à notre structure leur permettant d’accéder à une aide alimentaire au

moindre coût et une mise à l’abri , animée et accompagnée.

Notre travail d’évaluation a mis également en évidence le besoin d’aide et d’accompagnement aux soins. La problématique d’accès à la santé se pose d’une manière critique pour les personnes les plus en « rupture », les plus marginalisées et les publics demandeurs d’asile.

L’accès à la santé se voit ainsi questionné à travers ses administrations et ses structures médicales (blocages administratives, défaut de places, défaut de ressources et de moyens), les conditions de vie (errances prolongées, traitements abandonnés, pathologies inhérentes à des conditions de vie précaire, instable), les problématiques d’addictions (alcool, toxicomanie), la fragilité psychologique d’un grand nombre de nos convives dont certains bénéficient d’un accompagnement médical, d’autres auraient besoin de soutiens personnalisés

et durables au regard de certains comportements et souffrances.

Un autre indicateur d’évolution marquant la structure d’accueil de jour est le nombre de personnes accueillies passant de 30 à 40 personnes à une moyenne journalière de 80 à 100 personnes sur ces dernières années.

Les publics accueillis au Fournil étant très hétérogènes, les besoins et les motifs de fréquentation du lieu sont très variables. Pour beaucoup, l’accès à un repas complet constitue un motif prioritaire mais pour certains le Fournil demeure l’unique lieu de socialisation car rejetés par les autres structures. Un des salariés du Fournil se permet dans ce sens l’observation suivante :

« Il n’est pas simple d’avoir toujours pour ces publics la bonne vigilance, l’écoute et le temps et de devoir gérer certains comportements au sein d’une prise en charge collective !
On ne peut demander aux accueils de jour d’être dans des réponses coercitives en permanence, il y a besoin au regard du comportement de certaines personnes accueillies un espace de régulation et de concertation y incluant des acteurs sociaux intervenant sur le champ judiciaire.

Ces personnes en « souffrances » ont besoin de pouvoir trouver des aides à l’extérieur des lieux de « premier accueil ».

A défaut de moyens supplémentaires (humains et matériels), l’équipe ne peut prétendre à développer certaines activités, à éviter qu’une part de son public se fixe durablement (ancrage) sur la structure et qu’on se contente d’un fonctionnement de « routine », alors que le Fournil doit être un espace de restauration et moteur d’initiatives permettant à ses publics

de se réinscrire plus favorablement en société.

La question d’évaluation interrogeait si les objectifs de notre association sont bien adaptés à l’évolution des publics du Fournil. L’ensemble des données collectées permet de répondre que les objectifs sont bien adaptés. Mais face à l’hétérogénéité des publics et la complexité de leurs problématiques, l’état de l’équipement, les conditions d’accueil et les moyens humains déployés rendent difficile l’atteinte complète des objectifs spécifiques. Les attentes et besoins ne se limitent plus comme à l’origine du Fournil à l’accès à un espace de mise à l’abri et à un repas complet. Ils vont aujourd’hui recouvrir des problèmes d’accès aux soins et aux droits, des problèmes juridiques, des problèmes psychologiques importants…

5.2 Propositions

une certaine dépendance à notre structure leur permettant d’accéder à une aide alimentaire au

L’accueil, l’accompagnement et le soutien des « sans droits », reste une expérience frustrante, usante et humainement difficilement supportable. Nous sommes dans le cadre de notre accueil de jour témoins des logiques d’enferment administratives, des souffrances et violences que génèrent ces situations d’attente de régulation.

Face à l’ensemble des besoins et attentes auxquels le Fournil est confronté, plusieurs recommandations peuvent-être formulées :

1. Pour l’objectif de mise à l’abri et d’accès à un repas complet, l’équipement actuel doit être repensé. En effet, l’état de vétusté de notre équipement et son organisation architecturale rendent notre espace inadapté pour y conduire un accueil de qualité et en quantité. La cuisine doit être suffisamment spacieuse pour la préparation des repas en nombre et garantir une sécurité de travail pour les cuisiniers. La salle d’accueil des convives doit être suffisamment spacieuse pour garantir un accueil de qualité, permettant de prendre en compte la diversité des publics et la cohabitation parfois difficile. Cela devrait se traduire soit par une rénovation importante des locaux actuels soit pas un changement de locaux.

2. Concernant l’émergence de nouveaux besoins, le Fournil doit également pouvoir offrir des espaces d’échanges confidentiels avec les professionnels. En effet, les besoins initiaux qui portaient sur la recherche de logement ne sont plus une réalité aujourd’hui. L’enjeu à l’heure actuelle est plutôt de maintenir les accueillis dans leur logement, ce qui se traduit par un accompagnement social et psychologique plus important. Le Fournil constitue un lieu repère pour de nombreux accueillis, en confiance avec les professionnels, qui auraient besoins d’un espace confidentiel pour assurer des accompagnements individuels, y compris par des partenaires du Fournil.

Cette situation de gestion d’équipement est rendue particulièrement inconfortable de part l’attente de solutions , il est ainsi inconcevable de pouvoir poursuivre la consolidation de notre projet d’accueil de jour dans l’incertitude de son devenir et de nous demander d’élaborer des perspectives d’évolution sans savoir ou et comment on serra déménagé prochainement !

3. Concernant l’accueil de publics nouveaux (tels que les migrants avec ou sans papiers ou les familles), cela nécessite des accompagnements spécifiques exigeant des ressources humaines en travail social plus importante pour l’équipe du Fournil.
Afin de pouvoir répondre plus efficacement à certaines demandes émanant de ce public spécifique, il nous apparait incontournable de pouvoir développer certains services complémentaires au sein de notre accueil de jour (permanence juridique, conseils et orientations administratives, soutien psychologique).

Il nous apparait également nécessaire que ces publics en « exil », puissent accéder à des espaces de prise en charge thérapeutiques et y recevoir un accompagnement spécifique au regard de certaines souffrances sociales et psychologiques.

4. Enfin, Il est urgent et nécessaire qu’une réelle coordination et concertation du réseau du « premier accueil » prenne forme et sens à Grenoble et qu’on arrête de considérer les accueils de jour comme des « fourre- tout », à défaut de pouvoir apporter des solutions aux situations d’urgence auxquelles nous confrontent certains publics.

Le Fournil ne pourra continuer à contenir le nombre de personnes lui sollicitant actuellement une aide alimentaire et un temps d’accueil, il apparait ainsi urgent que nous puissions orienter des personnes vers d’autres lieux de restauration et désengorger certains temps d’accueil en pouvant prendre appui sur des espaces relais.

Grenoble, le 8 Février 2015. Mr.Schotte Joris.

ANNEXES

– Note de commentaire de l’ERSP – Grille d’entretien

La posture de l’ERSP dans la démarche d’accompagnement à l’évaluation

L’équipe ressource en évaluation de l’ERSP se positionne sur trois niveaux d’intervention dans l’accompagnement à l’évaluation :
1. une aide méthodologique pour redéfinir le cadre de l’action, les objectifs de l’évaluation, les

outils d’enquête, le recueil de données, l’analyse des données et la mise en forme du rapport

final ;
2. une intention formative visant l’appropriation d’une démarche de pensée et d’une posture

réflexive qui interroge notamment les représentations des acteurs ;
3. une mobilisation de la structure porteuse du projet évalué vers une dynamique de

changement grâce à la prise de recul sur l’action.

La démarche d’évaluation ne va pas de soi et il est nécessaire de partir de là où en est le porteur de projet pour pouvoir l’accompagner dans une pensée réflexive. Ainsi, l’équipe ressource de l’ERSP ne réalise pas l’évaluation à la place du porteur mais vient en soutien à partir des compétences que peuvent mobiliser les membres du comité d’évaluation. De ce fait, chaque accompagnement produit une démarche d’évaluation spécifique, propre à la structure. La finalité se traduit par un rapport d’évaluation, fruit de cette démarche d’appropriation des outils et méthodes de l’évaluation et reflet du travail du comité d’évaluation.

Le déroulement de l’accompagnement de l’évaluation

Concernant cette action, l’accompagnement s’est déroulé sur une période d’un an, de janvier 2014 à janvier 2015 pour la finalisation du rapport.

En 2014, 6 réunions ont eu lieu avec le Fournil le 31 janvier, 17 mars, 27 mars, 14 avril, 15 septembre et 20 octobre.

Le comité d’évaluation a regroupé cinq personnes du Fournil : le directeur, la présidente, un travailleur social, un membre du CA et une bénévole, par ailleurs salarié d’un autre centre d’accueil de SDF.

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Hormis, ces cinq personnes, deux partenaires membres de l’Equipe Mobile Liaison Psychiatrie

Hormis, ces cinq personnes, deux partenaires membres de l’Equipe Mobile Liaison Psychiatrie Précarité ont participé aux comités d’évaluation.

Les différents comités d’évaluation ont constitué à chaque fois un lieu de débat et de mise en mots du fonctionnement du Fournil et de ses liens avec les partenaires. Ainsi, les réunions n’ont pas été simplement des temps de travail sur la méthode d’évaluation, mais un espace d’évaluation où plusieurs difficultés ont pu être exprimées sur l’évolution des publics notamment en lien avec la question d’évaluation retenue.

En effet, le comité d’évaluation a posé la question d’évaluation suivante : les objectifs du projet sont- ils adaptés avec l’évolution du public et de ses besoins ?

Cette question a nécessité de s’interroger sur :

– Les profils des différents publics accueillis qui sont très hétérogènes et qui ont beaucoup évolué depuis la création du Fournil

– Les besoins des différents publics accueillis
– Les actions faites par le Fournil et les partenaires pour répondre à ces besoins.- Les difficultés rencontrées pour répondre à ces besoins.

Pour répondre à ces différentes interrogations, le comité d’évaluation a décidé de s’appuyer sur plusieurs méthodes de recueil de données. Ainsi, 15 entretiens individuels semi-directifs ont-ils été réalisés par les membres du comité d’évaluation auprès de salariés du Fournil, de personnes bénévoles au Fournil et de partenaires. En complément, un court questionnaire a été proposé aux publics accueillis (une trentaine de personnes).

Les données collectées ont montré la grande diversité des profils des usagers accueillis, qui sont toujours, comme au début du Fournil, dans des situations de précarité et de fragilité, mais de manière différente, avec des besoins nouveaux par rapport aux besoins initiaux. Les données recueillies montrent donc que les objectifs du Fournil sont toujours cohérents avec les situations des publics accueillis mais qu’ils nécessitent des moyens humains et matériels supplémentaires. En effet, au-delà de l’apparition de nouveaux besoins et de la complexification des situations, le nombre de personnes accueillies a beaucoup augmenté et l’espace du Fournil n’est plus suffisant pour recevoir les personnes dans des conditions dignes (cuisine très vétuste et qui ne respecte pas les normes en vigueur dans les établissements accueillant du public). Enfin, les besoins très variés des publics supposent un accompagnement social plus important, donc des ressources humaines nouvelles et un travail de coordination avec l’ensemble des structures sociales de Grenoble.

Patricia Medina, Lucie Pelosse, janvier 2015

GUIDE D’ENTRETIEN

1/Quel est le public accueilli au Fournil ?
– Public essentiellement masculin ? Féminin ? Quel tranche d’âge est représentée au Fournil ? Quel est le statut familial des personnes accueillies ?
– Quelles sont les ressources financières perçues par le public accueilli ?
– Les personnes fréquentant le Fournil sont-elles essentiellement « à la rue » ? Ont-elles un logement ? Quel type de logement ? Sont-elles accueillies dans les dispositifs d’urgence ?
– Le public a-t-il généralement une bonne maîtrise de la langue française ?
– Le public accueilli souffre-t-il généralement de problèmes de santé ? Est-ce un public qui « prend soin de lui et de son corps », a-t-il recours à des soins médicaux ?
– Les personnes sollicitent le Fournil pour une aide alimentaire ? Pour être en lien avec d’autres personnes (accueillants sociaux, groupe d’amis..) ?
– Peut-on parler de « l’ancienneté » du public du Fournil ? Il y a t-il une régularité dans la fréquentation du Fournil ?
– Est-ce un public qui fréquente/sollicite d’autres lieux ressources ? D’autres accueils de jour ? Est-ce qu’il bénéficie déjà d’un accompagnement social ?
2/Quels sont les besoins du public accueilli au Fournil ?
– Est-ce essentiellement un besoin d’aide alimentaire ?
– Il y a-t-il un besoin d’aide et d’accompagnement dans des démarches administratives ?
– Peut-on dire qu’il y a le besoin de sortir de l’isolement, d’être en lien ? De participer à des activités ? Le Fournil offre-t-il la possibilité de se sentir utile, reconnu à travers la sollicitation de « convives actifs » ?

sollicitation de « convives actifs » ?

– Est ce que fréquenter le Fournil donne le sentiment d’appartenir à un groupe, une identité ? – Est ce que le Fournil peut être un lieu où l’on peut venir décharger sa colère, sa violence en sachant que l’on sera contenu ?
– Est-ce que le Fournil est reconnu comme un lieu que l’on vient fréquenter quand on a besoin de substances psycho-actives ?

3/Qu’est ce qui est fait et quel est mon rôle pour le public du Fournil aux regards des besoins de ce dernier ?
_ En général, qu’est ce qui devrait être fait pour ce public ? Qui pourrait le faire ? _ Qu’est ce que je fais moi personnellement ? Et qu’est ce que je pourrai faire ? _ Qu’est ce que je ne fais pas ?

_ Qu’est ce que je fais mais que je ne devrai pas faire ? Pourquoi ?

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acceuil de jour